La question revient dans presque tous les cabinets : faut-il se saisir de la VSME/VS, ou la laisser passer ? Entre la crainte d’une charge supplémentaire et l’intuition d’un relais de croissance, l’hésitation est légitime. La réponse courte : pour un cabinet d’expertise comptable, accompagner un client sur la VSME/VS est une mission naturelle, structurée et vendable – à condition de la cadrer comme n’importe quelle autre mission. Voici pourquoi, et comment lever au passage l’objection la plus répandue.
Une mission naturelle, pas une lubie réglementaire
Rappelons le décor. La VSME/VS (Voluntary reporting standard for SMEs) est une norme de reporting de durabilité volontaire, élaborée par l’EFRAG et remise à la Commission européenne le 17 décembre 2024, puis endossée par la Recommandation (UE) 2025/1710 du 30 juillet 2025 – un acte de soft law, non contraignant. Elle s’adresse aux PME et TPE non cotées, hors du champ obligatoire de la CSRD. Pour comprendre sa structure en détail, voyez notre pilier sur la norme VSME/VS et le futur standard volontaire.
Or le contexte joue en faveur des cabinets. Depuis la directive Omnibus I – la Directive (UE) 2026/470 du 24 février 2026 –, le champ de la CSRD est restreint aux entreprises franchissant deux seuils cumulatifs : plus de 1 000 salariés et plus de 450 M€ de chiffre d’affaires net. Beaucoup d’entreprises jusqu’ici concernées sortent ainsi du reporting obligatoire. Dans le même temps, leurs donneurs d’ordre continuent de leur adresser des questionnaires ESG. Ce mouvement de tenaille – moins d’obligation légale, autant de demandes commerciales – alimente précisément la population qui a besoin d’un cadre volontaire lisible. Et cette population, un cabinet la connaît déjà : ce sont ses clients.
L’atout décisif : les données sont déjà au dossier comptable
C’est le point que les concurrents non comptables ne peuvent pas revendiquer. Une large part des informations demandées par la VSME/VS dort déjà dans le dossier de travail du cabinet ou dans les pièces qu’il manipule chaque année.
- Énergie et émissions (information B3) : les factures d’énergie, déjà collectées pour la comptabilité, fournissent les consommations de base.
- Effectifs (informations B8 à B10) : caractéristiques des salariés, santé-sécurité, rémunération et formation se lisent dans la paie et les déclarations sociales.
- Ressources et immobilisations (information B7) : le suivi des immobilisations et des achats éclaire l’usage des ressources, l’économie circulaire et la gestion des déchets.
- Gouvernance et éthique (information B11) : les condamnations et amendes pour corruption relèvent d’un contrôle que le cabinet documente déjà.
Le module de base de la VSME/VS regroupe onze informations, de B1 à B11 ; le module complet en ajoute neuf, de C1 à C9, pour qui souhaite aller plus loin. Là où une PME seule partirait d’une feuille blanche, le cabinet part d’un dossier déjà à moitié rempli. La mission ne consiste pas à inventer la donnée, mais à la rassembler, la structurer et la relier à sa preuve – un savoir-faire qui est au cœur du métier. Notre guide pour appliquer la VSME/VS pas à pas détaille cette logique donnée → source → preuve.
« Le cabinet ne peut pas attester » : le mythe à corriger
C’est l’objection qui bloque le plus de projets. Elle repose sur une confusion. Un rapport VSME/VS est volontaire : il n’existe aucune obligation d’audit légal sur ce type de document, contrairement à ce qu’impose la CSRD aux grandes entreprises. De cette absence d’obligation, beaucoup concluent, à tort, que le cabinet n’aurait aucun rôle de crédibilisation à jouer.
La réalité est l’inverse. Précisément parce qu’aucun audit n’est imposé, la porte reste ouverte à une prestation choisie. Un expert-comptable – ou un commissaire aux comptes – peut proposer d’aller au-delà de la simple production du rapport et d’offrir une forme de crédibilisation par un tiers : une mission d’assurance volontaire ou d’examen, par exemple selon un référentiel du type ISAE 3000, ou une attestation à portée contractuelle. Les modalités exactes de ces missions restent à confirmer au regard des positions de la profession (CNCC, H2A) et doivent être formulées avec prudence. Mais le principe est clair : l’absence d’audit obligatoire n’interdit rien ; elle transforme la crédibilisation en argument de vente. Pour le client, un rapport revêtu du regard de son cabinet pèse davantage face à une banque ou à un donneur d’ordre.
Une mission qui se cadre comme une autre
Reste à l’organiser en prestation, et non en service rendu au fil de l’eau. Les réflexes du métier suffisent :
- Une lettre de mission qui délimite le périmètre (module de base seul, ou base + module complet), les diligences et les responsabilités respectives.
- Un dossier de travail reliant chaque information publiée à sa pièce justificative, avec la supervision habituelle.
- Une production étagée : collaborateur pour la collecte, chef de mission pour la revue, expert-comptable pour la supervision – exactement comme sur une mission comptable.
- Une option de crédibilisation proposée séparément, quand le client en a l’usage.
La VSME/VS n’exige ni double matérialité ni analyse exhaustive : elle applique un principe « si applicable », qui la rend praticable pour une PME. C’est un cadre borné, ce qui facilite justement son industrialisation sur plusieurs dossiers. Le pilier La VSME/VS, une nouvelle mission pour les cabinets d’expertise comptable développe le cadrage, la sécurisation et l’organisation multi-dossiers.
Alors, nouvelle mission ou fausse bonne idée ?
Au 6 juillet 2026, l’état du droit conforte l’opportunité sans la surévaluer : la VSME/VS est une norme volontaire endossée par une recommandation, tandis que le futur standard volontaire (« VS »), adopté par la Commission via un acte délégué le 3 juillet 2026, reste en période d’examen et n’est pas encore en vigueur. Autrement dit, le cadre se stabilise mais la demande, elle, est déjà là.
Pour un cabinet, la VSME/VS n’est pas une fausse bonne idée. C’est une mission qui capitalise sur une donnée déjà détenue, qui répond à un besoin client croissant et qui s’accompagne d’un levier de crédibilisation optionnel. La vraie erreur serait de la traiter comme un service gratuit noyé dans le forfait, plutôt que comme une prestation à part entière. Pour prolonger, voyez comment un rapport VSME/VS peut nourrir un dossier de financement.
Sources et vérification — vérifié le 15 août 2026
Chaque affirmation réglementaire de cette page a été contrôlée sur le texte officiel. Les références ci-dessous permettent de le vérifier par vous-même.
- Règlement délégué C(2026) 5011 du 3 juillet 2026, « établissant des normes de reporting de durabilité à usage volontaire pour les entreprises protégées par le plafond de chaîne de valeur » — base juridique : article 29ca de la directive 2013/34/UE. Texte intégral et annexes (PDF, Commission européenne). Articles utiles : 1er (définition du plafond), 2(1) (qui peut appliquer la norme), 3(2) (le plafond ne comprend que les points de données de l’annexe II), 4 (entrée en vigueur), considérant 5 (remplacement de la Recommandation, assurance facultative, message aux financeurs). Transmis au Parlement et au Conseil le 3 juillet 2026 (cote Conseil 11697/26 du 9 juillet 2026) ; au 15 août 2026, aucune publication au Journal officiel de l’UE n’était constatée.
- Règlement délégué C(2026) 5010 du 3 juillet 2026 (révision des ESRS) : réduit de 61 % le nombre de points de données obligatoires. PDF, Commission européenne.
- Recommandation (UE) 2025/1710 du 30 juillet 2025 (endossement du VSME de l’EFRAG), JOUE du 5 août 2025 — texte sur EUR-Lex. Le considérant 5 du règlement délégué prévoit qu’elle cessera de produire des effets juridiques dès l’entrée en vigueur de celui-ci.
- Directive (UE) 2026/470 du 24 février 2026 (Omnibus I), publiée au JOUE le 26 février 2026, en vigueur le 18 mars 2026 — texte sur EUR-Lex. Transposition nationale attendue au plus tard le 19 mars 2027.
- EFRAG — modèle numérique VSME et taxonomie XBRL, version 1.3.0 du 11 juin 2026 (il suit le VSME de décembre 2024, pas encore le texte du règlement délégué) — page EFRAG.
Une question de calendrier ? L’état d’avancement des textes est suivi, daté, sur notre veille réglementaire.

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