VSME/VS et CSRD : quelles différences ?

VSME/VS et CSRD reviennent souvent dans la même conversation, au point qu’on les confond. Pourtant, ces deux dispositifs européens n’ont ni la même nature juridique, ni la même cible, ni la même ampleur. L’un est un cadre de reporting obligatoire pour les grandes entreprises ; l’autre, la VSME/VS, est une norme volontaire conçue pour les PME qui restent en dehors de ce périmètre. Cet article démêle les différences essentielles, à jour au 4 octobre 2026.

En une phrase : de quoi parle-t-on ?

Tableau comparatif : VSME et CSRDComparaison sur quatre critères entre le référentiel volontaire VSME (colonne verte) et la CSRD obligatoire (colonne bleue) : caractère, champ d’application, double matérialité et audit externe.VSME et CSRD : deux référentiels comparésCritèreVSMECSRDCaractèreVolontaireObligatoireChamp d’applicationPME hors seuils CSRDGrandes entreprises, plus de 1 000salariés ET plus de 450 M€ de CADouble matérialitéNonOuiAudit externeNon requisRequis
VSME/VS et CSRD comparees en un coup d oeil : la VSME/VS est un cadre volontaire et allege pour les PME, la aou la CSRD impose double materialite et audit aux grandes entreprises.

La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) est une directive européenne qui oblige certaines entreprises à publier un rapport de durabilité détaillé, selon les normes ESRS, avec vérification par un tiers.

La VSME/VS (Voluntary Sustainability reporting standard for SMEs) est une norme volontaire élaborée par l’EFRAG, remise à la Commission européenne le 17 décembre 2024 et endossée par la Recommandation (UE) 2025/1710 du 30 juillet 2025. Cette recommandation relève de la soft law : elle n’impose aucune obligation. La VSME/VS s’adresse aux PME et TPE non cotées qui souhaitent structurer leur communication extra-financière sans entrer dans la mécanique lourde de la CSRD.

Différence n° 1 : obligation contre volontariat

C’est la distinction fondamentale. La CSRD impose un reporting aux entreprises entrant dans son champ, avec un calendrier légal et des sanctions en cas de manquement. La VSME/VS, elle, ne s’accompagne d’aucune obligation, aucune sanction et aucun dépôt réglementaire. Une entreprise l’applique parce qu’elle le décide – ou, plus souvent, parce qu’un client, une banque ou un appel d’offres lui demande des données ESG et qu’elle veut y répondre de façon standardisée.

Cette nuance mérite d’être creusée : « volontaire » juridiquement ne veut pas dire « facultatif » dans les faits. Nous détaillons ce paradoxe dans notre article sur le caractère volontaire de la VSME/VS.

Différence n° 2 : la cible – grande entreprise contre PME

La CSRD vise les grandes entreprises. Depuis la directive dite « Omnibus I » – la Directive (UE) 2026/470 du 24 février 2026 – son périmètre a été fortement resserré. Désormais, une entreprise n’entre dans le champ de la CSRD que si elle dépasse deux seuils cumulatifs : plus de 1 000 salariés ET plus de 450 M€ de chiffre d’affaires net. Il s’agit bien d’une logique « ET », et non de deux critères sur trois. Ces nouvelles règles s’appliquent aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027, pour des premiers rapports en 2028.

La VSME/VS occupe précisément l’espace laissé libre en dessous de ce seuil : les PME et TPE qui ne sont pas – ou plus – soumises à la CSRD, mais qui ont malgré tout besoin d’un langage commun pour parler de durabilité.

Différence n° 3 : le relèvement des seuils fait basculer des entreprises vers le volontaire

C’est un point souvent négligé. En remontant les seuils, l’Omnibus I fait sortir de la CSRD un grand nombre d’entreprises qui pensaient y être soumises. Selon les estimations de la Commission, l’effet serait de l’ordre de 80 % d’entreprises en moins dans le champ obligatoire.

Concrètement, une entreprise de taille intermédiaire qui se préparait à la CSRD peut se retrouver hors obligation, tout en continuant de recevoir des demandes ESG de ses clients grands comptes ou de ses banques. Pour ces structures, le reporting volontaire – la VSME/VS, et désormais le standard volontaire (VS), en vigueur depuis le 24 septembre 2026 (règlement délégué (UE) 2026/1560) – devient une réponse naturelle. Pour comprendre ce basculement en détail, consultez notre veille sur l’Omnibus et le calendrier réglementaire.

Différence n° 4 : la double matérialité, présente dans la CSRD, absente de la VSME/VS

La CSRD repose sur le principe de double matérialité : l’entreprise doit analyser à la fois l’impact de son activité sur l’environnement et la société (matérialité d’impact) et l’effet des enjeux de durabilité sur sa propre situation financière (matérialité financière). Cette analyse est exigeante et structure tout le rapport.

La VSME/VS, à l’inverse, n’impose pas d’exercice de double matérialité. Elle fonctionne selon une logique bien plus simple, dite « si applicable » : l’entreprise renseigne les informations pertinentes pour son activité, sans construire une matrice de matérialité complète. C’est l’une des raisons pour lesquelles la VSME/VS reste accessible à une petite structure sans expertise ESG dédiée : nous détaillons la marche à suivre dans notre guide pour appliquer la VSME/VS en PME.

Attention : les ESRS ont changé le même jour. Le 3 juillet 2026, la Commission a adopté un second acte délégué, C(2026) 5010, qui simplifie les ESRS eux-mêmes – publié au Journal officiel de l’UE le 21 septembre 2026 (règlement délégué (UE) 2026/1563), il entrera en vigueur le 10 novembre 2026 et s’appliquera aux exercices commençant à compter du 1er janvier 2027 : il réduit de 61 % le nombre de points de données obligatoires. Les comparaisons ci-dessous portent donc sur une norme ESRS déjà allégée – l’écart de charge avec la norme volontaire reste important, mais il se resserre.

Nuance depuis la révision du 3 juillet 2026 : les ESRS révisés maintiennent la double matérialité, mais autorisent explicitement une approche « descendante » (top-down) qui évite d’évaluer un à un chaque impact, risque et opportunité. L’exercice reste absent de la norme volontaire ; l’écart de charge se réduit sans disparaître.

Différence n° 5 : l’exhaustivité et la structure

La CSRD s’appuie sur les ESRS, un corpus de normes couvrant un très large éventail de thèmes environnementaux, sociaux et de gouvernance, avec un niveau de détail considérable.

La VSME/VS est bien plus resserrée. Elle s’organise autour de deux blocs :

  • un module de base, composé des informations B1 à B11 (le socle commun à toutes les entreprises qui appliquent la norme) ;
  • un module complet, composé des informations C1 à C9, qui vient s’ajouter au module de base pour les entreprises souhaitant aller plus loin.

L’EFRAG ne publie aucun décompte officiel de « points de données » pour la VSME/VS : l’essentiel est de retenir cette architecture en deux modules, bien moins volumineuse que les ESRS.

À ne pas confondre avec les ESRS. Pour les ESRS révisés, l’EFRAG a publié le 28 août 2026 une liste officielle de points de données, ouverte aux signalements d’erreurs jusqu’au 23 octobre 2026. Elle concerne le référentiel des entreprises soumises à la CSRD, pas la norme volontaire — voir notre veille réglementaire.

Différence n° 6 : la vérification par un tiers

La CSRD impose une assurance obligatoire du rapport par un vérificateur (commissaire aux comptes ou organisme tiers indépendant). La VSME/VS, elle, n’exige aucun audit légal. Une entreprise peut néanmoins choisir de faire crédibiliser volontairement son rapport, par exemple via une mission d’examen menée par son expert-comptable – une démarche facultative, mais utile face à un partenaire exigeant.

Tableau récapitulatif

CritèreVSME/VSCSRD
NatureNorme volontaire (soft law)Directive obligatoire
CiblePME et TPE non cotées, hors champ CSRDGrandes entreprises (plus de 1 000 salariés ET plus de 450 M€ de CA net)
Double matérialitéNon exigéeExigée
StructureModule de base (B1-B11) + module complet (C1-C9)Normes ESRS, très détaillées
Vérification tierceFacultativeObligatoire
Sanction / dépôtAucunOui

Faut-il faire une VSME/VS ET une CSRD ?

Non. Les deux dispositifs ne s’empilent pas : une entreprise soumise à la CSRD publie un rapport ESRS et n’a pas besoin de la VSME/VS. Une entreprise hors champ CSRD peut, si elle le souhaite, appliquer la VSME/VS pour répondre à ses parties prenantes. La question à se poser n’est donc pas « laquelle des deux ? » mais « suis-je dans le champ de la CSRD, ou non ? ».

Pour situer la VSME/VS face à l’ensemble des référentiels de durabilité – ESRS, GRI, EcoVadis, ISO 26000 – et non la seule CSRD, poursuivez avec notre comparatif complet des référentiels de reporting. Et pour comprendre en profondeur ce qu’est réellement la norme, sa structure et son statut, commencez par notre page de référence sur la norme VSME/VS.

Sources et vérification — vérifié le 4 octobre 2026

Chaque affirmation réglementaire de cette page a été contrôlée sur le texte officiel. Les références ci-dessous permettent de le vérifier par vous-même.

  • Règlement délégué (UE) 2026/1560 de la Commission du 3 juillet 2026 (adopté sous la référence C(2026) 5011), « complétant la directive 2013/34/UE du Parlement européen et du Conseil en établissant des normes d’information en matière de durabilité d’application volontaire par les entreprises protégées par le plafond de la chaîne de valeur » — base juridique : article 29 quater bis, paragraphe 1, de la directive 2013/34/UE. Publié au Journal officiel de l’UE (série L) le 21 septembre 2026, en vigueur depuis le 24 septembre 2026 (article 4) ; son article 3 (plafond de la chaîne de valeur) s’applique aux exercices commençant à compter du 1er janvier 2027. Texte officiel sur EUR-Lex · version adoptée le 3 juillet 2026 (PDF, Commission européenne). Articles utiles : 1er (définition du plafond), 2(1) (qui peut appliquer la norme), 3(2) (le plafond ne comprend que les points de données de l’annexe II), 4 (entrée en vigueur), considérant 5 (fin des effets juridiques de la Recommandation, message aux financeurs). Transmis au Parlement et au Conseil le 3 juillet 2026 (cote Conseil 11697/26 du 9 juillet 2026).
  • Règlement délégué (UE) 2026/1563 de la Commission du 3 juillet 2026 (adopté sous la référence C(2026) 5010, révision des ESRS) : réduit de 61 % le nombre de points de données obligatoires. Publié au Journal officiel de l’UE le 21 septembre 2026 ; entre en vigueur le 10 novembre 2026 (article 3) et s’applique aux exercices commençant à compter du 1er janvier 2027. Texte officiel sur EUR-Lex · version adoptée (PDF, Commission européenne).
  • Recommandation (UE) 2025/1710 du 30 juillet 2025 (endossement du VSME de l’EFRAG), JOUE du 5 août 2025 — texte sur EUR-Lex. Le considérant 5 du règlement délégué (UE) 2026/1560 prévoit qu’elle « devrait être considérée comme ne produisant plus d’effets juridiques » à compter de l’entrée en vigueur de celui-ci, soit le 24 septembre 2026.
  • Directive (UE) 2026/470 du 24 février 2026 (Omnibus I), publiée au JOUE le 26 février 2026, en vigueur le 18 mars 2026 — texte sur EUR-Lex. Transposition nationale attendue au plus tard le 19 mars 2027.
  • EFRAG — modèle numérique VSME et taxonomie XBRL, version 1.3.0 du 11 juin 2026 (il suit le VSME de décembre 2024, pas encore le texte du règlement délégué (UE) 2026/1560 ; l’EFRAG annonce pour novembre 2026 un modèle numérique mis à jour, avec un convertisseur XBRL amélioré) — page EFRAG.
  • EFRAG — « 2026 Draft List of Datapoints for Revised ESRS », publiée le 28 août 2026 : revue des erreurs manifestes (fatal flaw) ouverte jusqu’au 23 octobre 2026, version finale attendue d’ici la fin 2026. Elle porte sur les ESRS révisés adoptés par la Commission en juillet 2026, pas sur la VSME/VS — annonce de l’EFRAG (consultée le 1er septembre 2026).

Une question de calendrier ? L’état d’avancement des textes est suivi, daté, sur notre veille réglementaire.


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